05/05/2006

Léo Ferré - Il n'y a plus rien (1973)

J'allais mal, en ces temps-là. Qu'est-ce que je fichais là, à la fac, anonyme et solitaire, étranger à ce monde où il convenait de paraître, de briller, de parler haut, où se profilaient déjà les carrières de ces "fils et filles de" que, trente ans plus tard, je vois encore apparaître parfois dans la lucarne de ma télé ? Je ne brillais ni par mon intelligence ni par mon verbe ni par mon physique, j'étais l'ombre de mon ombre, alors que vivaient en moi des émotions tellement confuses que je ne pouvais les exprimer. Qui, d'ailleurs, m'aurait écouté ?
Je vivais chez moi au bord de la misère, mon père venait de mourir et la vie avait réduit ma mère au rôle d'une mère purement nourricière. Elle s'en acquittait avec une volonté et un acharnement proches de l'héroïsme, mais qu'aurait-elle pu comprendre à mon quotidien, à mes échecs, passés, présents et à venir et à ma solitude ?

Après toutes ces années, il m'arrive encore de penser à cette période de ma vie comme à une impasse sombre, dans une ville inconnue, par une nuit de brouillard où je cherche vainement vers où diriger mes pas. Une porte ouverte, un réverbère allumé, une voix qui m'appelle, un chat qui miaule, n'importe quoi, un mot, un signe, un souffle vaguement parfumé d'humanité.
Je n'étais pas malheureux, j'étais simplement VIDE. Il n'y avait plus rien.
Mais pourquoi ai-je donc emprunté ce disque, cette cassette plutôt ? Le hasard, sans doute. Dès les premières notes, j'ai su que ma vie venait de changer. Ce déjà vieil homme à la crinière blanche mettait des mots sur MON mal-être, sur MA révolte intérieure. Il me parlait à MOI.
Et je crois bien avoir pleuré, tout seul. "L'oppression" et "Richard" restent toujours, plus de 30 ans après, des textes essentiels à mon équilibre personnel. 
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LEO FERRE - IL N'Y A PLUS RIEN (1973)

1. PREFACE
2. NE CHANTEZ PAS LA MORT (Jean-Roger Caussimon / Léo Ferré)
3. NIGHT AND DAY
4. RICHARD
5. L'OPPRESSION
6. IL N' Y A PLUS RIEN
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Ceci est le premier "post" d'une mini-série consacrée aux disques qui font la bande-son de ma vie, et que j'emmènerais très certainement sur l'île déserte. Dans l'hypothèse, bien entendu, d'un naufrage programmé de longue date et en espérant qu'on veuille bien installer préalablement sur cette île l'électricité, parce que c'est plus pratique que d'amener un container de Duracell avec soi.

11:37 Écrit par Tempus fugit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ma bo, ferre |

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