27/07/2006

Cortez The Killer (Neil Young)

Il n’est pas rare que, connaissant ma passion (mais plus rarement son étendue…), un quidam me demande quelle est ma chanson préférée de Neil Young. Le plus souvent, je réponds, sans réflexion ni originalité aucune, « Cortez The Killer ». Avant que vingt autres titres ne me sautent à la mémoire comme autant de regrets et après m’être forcé à ne pas répondre « Hitchhiker », de crainte d’être taxé de snobisme puisque c’est un inédit que finalement assez peu de gens ont entendu. Mais tout bien pesé, « Cortez The Killer » est la réponse la plus acceptable, je serais même tenté d’écrire ‘la plus poétiquement correcte’, rien que pour faire un bon mot.

On raconte que l’idée de cette chanson est venue d’un cours d’histoire au collège que Neil fréquentait adolescent. Le texte, comme souvent chez Neil, est plus impressionniste que structuré, plus visuel que conceptuel, et il ne faut y chercher ni symbolisme ni vérité historique ni logique cartésienne. Sa vision des Incas est assez idéalisée et la justification de leurs sacrifices humains, par exemple, à la limite du choquant. On ne peut pas nier que le personnage de Cortez, bien que honni, fascine manifestement Neil Young. Mais honnêtement, tout le monde s’en fiche, car si « Cortez » est depuis plus de 30 ans une des chansons-phares des concerts du Loner, c’est grâce aux envolées sublimes d’Old Black (la guitare de Neil), jamais deux fois les mêmes d’un concert à l’autre. « Cortez », comme « Down by the River », « Cowgirl in the sand », « Rockin’ in the free world” ou “All along the watchtower” sont le plus souvent des espaces de liberté, pretextes à improvisations, pour le meilleur (dans 95% des cas) ou le pire (je connais ainsi un Cortez avorté dès les premières notes tout simplement parce que Neil lui même se trouve mauvais et en manque d’inspiration). Dans ce genre de chansons, Neil fait souvent passer ses humeurs du moment, ses nostalgies, et sans doute ses blessures. En 95, lors de la courte tournée avec Pearl Jam, la fin du Cortez, qui frôle les 20 minutes, est une longue improvisation hallucinée qui donne finalement à l’ensemble de la chanson un sens tout à fait différent, qui touche au philosophique sinon au mystique. La prestation de Cesaria, en Israël, en juillet 1995 est à ce point de vue, à mon avis, un sommet, et on a peut-être entendu là le meilleur Cortez électrique jamais joué. La version acoustique qui illumine la plupart des concerts de l’US solo tour 1999 est quasiment à l’opposé de celle-là, intimiste, introvertie, et par ailleurs tout aussi remarquable.

Pour une version 1978, voir cet extrait du film « Rust Never Sleeps »

http://www.youtube.com/watch?v=x-wHzlfLKbM&search=nei...

Neuf minutes de bonheur, ça ne se refuse pas, de nos jours.

11:18 Écrit par Tempus fugit dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ma bo, neil younguerie |

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