09/07/2007

Chansons de légende : 2. Suzanne (Leonard Cohen)

Leonard Cohen considère "Suzanne" comme son chef d'oeuvre. Le texte fut d'abord publié sous la forme d'un poème en 1966 sous le titre "Suzanne takes you down" avant d'être enregistré, dans sa version chantée, par Judy Collins, avant même la sortie du premier disque de Leonard ("Songs of Leonard Cohen"). Il raconte la rencontre de Leonard avec la femme d'un de ses amis artistes, à Montréal. Cette jeune femme s'appelait Suzanne Verdal McAllister.

verdal

Contrairement à ce que la chanson peut laisser croire, la rencontre ne se termina pas par une aventure charnelle, les deux protagonistes étant d'accord sur ce point. Cohen, séducteur compulsif s'il en est, prétend qu'il n'a fait qu'imaginer avoir couché avec Suzanne. La chanson traduit une relation fusionnelle de deux esprits dans ce qui peut être, finalement, la forme sublimée de l'amour.
L'histoire réelle de Suzanne Verdal est pathétique et tragique. Danseuse, elle fut réduite à l'inactivité par un grave accident de la circulation avant de sombrer dans le dénuement et la dépression. Elle est toujours en vie aujourd'hui, sans abri, et vit dans sa voiture quelque part en Californie. Elle n'a jamais revu Leonard ou, plus exactement, il ne l'a pas reconnue ou n'a pas voulu la reconnaître lorsque leurs chemins se sont croisés par hasard bien longtemps après. On peut trouver son interview ici : http://www.leonardcohenfiles.com/verdal.html
Elle garde de la chanson et de Leonard un souvenir à la fois tendre et amer. Suzanne SDF, Leonard ruinée par sa manager. Les chefs d'oeuvre ont parfois des relents aigres. Mais ils survivent aux bassesses de notre monde. C'est sans doute cela qu'on appelle, en art, l'immortalité.

 

Suzanne takes you down to her place near the river
You can hear the boats go by
You can spend the night beside her
And you know that she's half crazy
But that's why you want to be there
And she feeds you tea and oranges
That come all the way from China
And just when you mean to tell her
That you have no love to give her
Then she gets you on her wavelength
And she lets the river answer
That you've always been her lover
And you want to travel with her
And you want to travel blind
And you know that she will trust you
For you've touched her perfect body with your mind.
And Jesus was a sailor
When he walked upon the water
And he spent a long time watching
From his lonely wooden tower
And when he knew for certain
Only drowning men could see him
He said "All men will be sailors then
Until the sea shall free them"
But he himself was broken
Long before the sky would open
Forsaken, almost human
He sank beneath your wisdom like a stone
And you want to travel with him
And you want to travel blind
And you think maybe you'll trust him
For he's touched your perfect body with his mind.

 

Now Suzanne takes your hand
And she leads you to the river
She is wearing rags and feathers
From Salvation Army counters
And the sun pours down like honey
On our lady of the harbour
And she shows you where to look
Among the garbage and the flowers
There are heroes in the seaweed
There are children in the morning
They are leaning out for love
And they will lean that way forever
While Suzanne holds the mirror
And you want to travel with her
And you want to travel blind
And you know that you can trust her
For she's touched your perfect body with her mind.

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Dans l'excellente adaptation française (chantée par Graeme Allwright et Françoise Hardy notamment) qui serait signée Gérard Langevin :

Suzanne t'emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Tu sais qu'elle est à moitié folle
C'est pourquoi tu veux rester
Sur un plateau d'argent
Elle te sert du thé au jasmin
Et quand tu voudrais lui dire
Tu n'as pas d'amour pour elle
Elle t'appelle dans ses ondes
Et laisse la mer répondre
Que depuis toujours tu l'aimes

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur

Il était un pêcheur venu sur la terre
Qui a veillé très longtemps
Du haut d'une tour solitaire
Quand il a compris que seuls
Les hommes perdus le voyaient
Il a dit qu'on voguerait
Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent
Mais lui-même fut brisé
Bien avant que le ciel s'ouvre
Délaissé et presqu'un homme
Il a coulé sous votre sagesse
Comme une pierre

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur

Suzanne t'emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Comme du miel, le soleil coule
Sur Notre Dame des Pleurs
Elle te montre où chercher
Parmi les déchets et les fleurs
Dans les algues, il y a des rêves
Des enfants au petit matin
Qui se penchent vers l'amour
Ils se penchent comme ça toujours
Et Suzanne tient le miroir

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une blessure étrange dans ton cœur

15:03 Écrit par Tempus fugit dans Musique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : chansons de legende |

Commentaires

Erratum Je voulais simplement mentionner que l'adaptation française de "Suzanne" est de Gilbert Langevin et non Gérard...
http://gilbertlangevin.com/

Salutations

Écrit par : Jean-François Morin | 05/04/2008

En fait, la version traduite ci-présente n'est pas celle de Gilbert Langevin. Dans sa version, c'est bien entendu le fleuve qui répond, et non la mer, un non-sens quand on sait que l'action se situe à Montréal. De même, la chapelle est celle qu'on trouve sur les rives du fleuve Saint-Laurent, soit Notre-dame-du-bon-Secours.

Salutations.

Écrit par : Marc Pelletier | 20/02/2011

Je me sens proche d'elle (Suzanne) en un sens c'est normal.... mais je connais la chanson qui parle d'elle depuis l'enfance et elle me plaisait bien longtemps avant que je ne connaisse le nom de l'inspiratrice, puisque je viens de le decouvrir ce soir... et j'ai déjà 51 ans!

Écrit par : verdal laurence | 05/06/2012

La version française de Suzanne présentée plus haut n'est pas de Gilbert Langevin. Elle est de Françoise Hardy. Version infiniment moins poétique et prenante que celle de Gilbert Langevin, chantée admirablement par Pauline Julien.

Écrit par : Georges Mathews | 14/05/2013

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